sábado, 9 de setembro de 2023
quarta-feira, 6 de setembro de 2023
sexta-feira, 1 de setembro de 2023
"Pourquoi filmez vous ?" Jacques Rozier
JACQUES ROZIER
Ce cinéaste singulier, né en 1926, n'a réalisé que quatre films, en vingt-cinq ans. Pourtant, de grands moments de grâce et de cinéma illuminent chacun d'eux, du premier, Adieu Philippine (1962), au dernier et insolite Maine Ocean (1986).
La question a deux sens :
1. Pourquoi faites-vous du cinéma ?
2. Quelles circonstances (réfléchies ?/ fortuites ?) vous ont amené à faire du cinéma ?)
Puisqu'il y a deux questions, il y a deux types de réponses. Et on peut toujours faire semblant de répondre à la seconde pour ne pas répondre à la première. Mais je me réjouis méchamment à l'avance des réponses du premier type : je ne sais rien faire d'autre, je ne saurais m'en passer, c'est une nécessité intérieure, il n'y a pas de réponse à cette question, je me pose parfois la question, je me pose toujours la question et ne sais toujours pas.
Il y a aussi les réponses de type désinvolte : Ça me plaît de... Ça m'amuse de ... Ça me permet de ...
2. La scène se passe sur un quai de la gare de La Ciotat en 1891 : un homme derrière une étrange boîte fixée sur un trépied tourne une manivelle sur le côté de la boite. Un train de voyageurs entre en gare.
— « Monsieur Lumière, pourquoi filmez-vous ? »
— ...
— « S'il vous plaît, répondez ! »
— « Je n'ai pas le temps de vous répondre, occupé que je suis à tourner la manivelle ! »
— « Monsieur Lumière, répondez, nos lecteurs veulent savoir ... »
— « Eh bien... J'ai inventé cet appareil qui permet de prendre des vues animées, il faut bien qu'il serve à quelque chose. »
J'ai l'audace de suggérer cette réponse du premier des cinéastes, au cas où on lui aurait posé cette fameuse question. C'est une simple hypothèse, et effrontée. Et pourtant je n'arrive pas à imaginer Louis Lumière répondre : — « Je ne sais rien faire d'autre, je ne saurais m'en passer... C'est une nécessité intérieure… Il n'y a pas de réponse à cette question... Etc. »
En tant qu'un des milliers d'arrières-petit-fils de Louis Lumière, j'ose affirmer qu'il devait aimer s'asseoir dans une salle de projection pour voir les rushes. Ce qui est un plaisir inexplicable. Tous les plaisirs ne le sont-ils pas d'ailleurs ?
3. A propos de plaisir, en voici un autre. Et aussi une autre réponse : je filme pour l'ineffable plaisir d'avoir l'occasion de répondre à ce genre de question.
« Pourquoi filmez-vous ? », Libération, Mai 1987
quinta-feira, 31 de agosto de 2023
"Pourquoi filmez vous ?" John Sayles
JOHN SAYLES
Return of the Secaucus Seven, petit film de cinéaste indépendant new-yorkais, eut du succès aux Etats-Unis. Baby, It's You est, à ce qu'on dit, le plus beau film de rock et Brother from Another Planet, une drôle d'histoire d'un extraterrestre noir débarqué à Harlem. Il a également généré des clips pour Bruce Springsteen.
Ce que j'aime aussi au cinéma, c'est que, bien qu'on y ait moins de « contrôle » qu'en littérature (où l'on est son seul maître), le fait d'être obligé de collaborer — avec des acteurs, un chef opérateur, un musicien, etc — peut rendre le produit fini, quand il est réussi, infiniment plus intéressant que si vous l'aviez fait tout seul.
« Pourquoi filmez-vous ? », Libération, Mai 1987
"Pourquoi filmez vous ?" Monte Hellman
MONTE HELLMAN
Ce curieux cinéaste, né en 1932, a fait ses premiers films grâce à Roger Corman. Il signait, en 1967, deux westerns-culte qui assuraient sa réputation (The Shooting et Ride In The Whirlwind). Son dernier film China 9, Liberty 37 (1978) n'a été vu que par un public confidentiel.
Pourquoi est-ce que je fais des films ? C'est le diable qui m'y pousse. Depuis que le sexe est devenu ennuyeux il n'y a vraiment pas autre chose à faire. C'est le jouet le plus intéressant, le plus absorbant, le plus frustrant et le plus satisfaisant, jamais inventé. On y joue avec les gens les plus beaux, les plus laids, les plus passionnantes et les plus ennuyeux de la terre. Les punitions sont cruelles et les récompenses sont bouleversantes. Qui refuserait de faire des films s'il en avait la possibilité ?
« Pourquoi filmez-vous ? », Libération, Mai 1987








