segunda-feira, 15 de julho de 2024

Je est un film...

Où se cache l'autobiographie, par Luc Moullet

 

 Soit telle quelle, soit sous forme romancée, l'autobiographie est omniprésente en littérature : je citerai, au hasard, Blixen, Bukowski, Cavanna, Donleavy, Dickens, Dostoïevski, Gorki, Ellroy, Jouhandeau, Léautaud, Lodge, London, McCullers, Melville, Miller, Nin, Powys, Rousseau, Stein, Svevo, Soljenitsyne, Strindberg, Vargas Llose, Weyergans, Wilde, Wolfe. Leurs ouvrages ont beaucoup d'admirateurs, peu de détracteurs.

Au cinéma, c'est plutôt le contraire. J'ai souvent entendu des producteurs ou des fonctionnaires audiovisuels attribuer la médiocrité du cinéma de leur pays au fait que les cinéastes voulaient trop souvent tourner des films inspirés par leur propre vie. Pour ces gens-là, le mot autobiographie avait une connotation très péjorative. Leur argumentation reposait sur trois motifs.

1. L'autobiographie est centrée sur une seule personne, alors que les films sont destinés à des milliers de gens, que mènent une existence assez ordinaire très différente de celle d'un réalisateur, personnage atypique. C'est oublier que le spectateur moyen est souvent attiré par l'individu d'exception — les têtes couronnées par exemple — et aussi que l'autobiographie recouvre souvent le passé du cinéaste, sa vie privée, rien que de banal, et non pas sa vie professionnelle, supposée singulière. Et si le film autobiographie est parfois centré sur une seule personne, on peut en dire autant d'un grand nombre de productions standard. Prolongeant la vielle doctrine classique « Le Moi est haïssable », il y a aussi l'accusation contre le cinéaste, qui chercherait à n'étaler que son « moi », supposé indigeteste, plutôt qu'à séduire le spectateur. Mais on peut opposer à cela les étonnants succès des films autobiographiques comme ceux d'Allen, de Moretti, de Pialat, de Truffaut, non moins évidents que ceux des écrivains cités plus haut.

2. Le film autobiographique témoigne d'un manque d'invention de la part du cinéaste. Il y a moins de travail à faire, puisque la matière de l'œuvre est déjà là, à portée de la main, toute prête. Il n'y a pas à se torturer les méninges pour trouver une intrigue inédite ni à faire une longue enquête sur les mœurs des baleiniers du Kamtchatka. Là encore, on retrouve la vieille rengaine classique qui couronne la fatigue et la sueur, et méprise la facilité. Il est certes immoral qu'un cinéaste puisse rater un film après avoir bossé des années sur son scénario et dépensé des dizaines de millions au tournage, tandis qu'un autre réussira le sien à partir d'un script échafaudé en quatre jours et en tournant trois semaines avec trois fois rien, mais c'est la loi de l'expression artistique.

La matière autobiographique offre par contre un gros avantage : il y a là une connaissance directe de la réalité, précieuse, irremplaçable, qui choque souvent parce que la Vérité est insolite, alors que le travail d'enquête repose souvent sur la parole de tiers, et les travestissements qui en découlent.

3. Le film autobiographique — et c'est ce qui gêne les producteurs, soucieux de miser sur des poulains à longue carrière — risque d'être sans lendemain : est-ce que le cinéaste pourra tourner quelque chose d'intéressant une fois qu'il aura épuisé le film de sa propre vie ? C'était le problème du grand cinéaste anglais Bill Douglas, comme celui de l'écrivain Cavanna. Mais certains s'en tirent très bien, comme Allen, qui a réussi à exploiter avec brio sa vie trente ans durant, et c'est pas fini.

L'autobiographie, c'est un faux problème. Il est très difficile — faute d'information — de savoir si un film d'une contrée ou d'une époque lointaine, a une base autobiographique. On accusera parfois un film français d'être nombriliste, ça n'arrivera jamais à un film sénégalais ou japonais. Et pourtant, la présence du double dans Kagemusha est une référence au complexe d'infériorité vis-à-vis de son grand frère dont souffre Kurosawa. Ou Why Change Your Life? (DeMille, 1919) reconstitue un crêpage de chignon entre deux de ses maîtresses. Le champion du grand spectacle DeMille n'est-il pas finalement aussi nombriliste que Garrel ?

A l'opposé, j'ai joué souvent la carte du faux dans mes films dits autobiographiques : Ma première brasse peut passer pour un film narcissique, étant donné que j'en suis l'interprète. Or, il s'agit d'un homme qui désire par dessus tout apprendre à nager, alors que dans la vie, je suis très fier de ne pas savoir nager. C'est donc l'exact contraire de l'autobiographie, que j'introduis plus volontiers — excellent masque — à travers mes personnages féminins.

Impossible de savoir où se cache vraiment l'autobiographie. Peut-être que tous les bons films sont autobiographiques.

 

Écrire sa vie, par Jacques Nolot

 

 J'écris en état de transe, comme si c'était qui quelqu'un d'autre qui écrivait, à n'importe quelle heure, surtout la nuit ou très tôt le matin. Toujours après un deuil ou une séparation.

Au bout de trois-quatre heures, l'écriture n'est plus la même, le stylo dérape, je prends conscience de que j'écris, je deviens « intelligent », spectateur, je sais qu'il faut que je m'arrête.

Je ne peux pas faire autrement que de parler de moi, j'ai un imaginaire très limité.

Je ne cherche pas un sujet, c'est le sujet qui s'impose à moi, qui me ronge, m'obsède, m'empêche de dormir.

Je vis continuellement avec un cahier et un crayon à côte de moi, en voiture ou à côté du lit.

Tout ce que j'écris, ou le peu que j'écris, est toute ma vie : J'embrasse pas, mon départ chez moi à l'âge de seize ans, La Matïouette, mon premier retour après dix ans d'absence et L'Arrière Pays, mon second retour à cinquante ans pour la maladie et la mort de ma mère.

L'Arrière Pays est un film identitaire, une façon de revenir en arrière, de faire un bilan, comme une boucle.

Ce film ne pouvait être tourné que dans mon village natal avec des acteurs non professionnels de chez moi, une façon de recréer ma propre famille.

J'aurais pu tourneur sans repérages, arriver comme ça, la caméra à la main.

Le film s'est tourné comme l'écriture, malgré moi, comme un dû, une obligation.

J'avais toutes les scènes en tête, les intonations, les émotions, la dérision.

La seule question qui se posait : aurais-je assez de recul, serait-ce assez « fictionnel » ?

J'ai eu peur, une peur positive, propulsive. Il y avait trois pièges : l'égocentrisme, le narcissisme complaisant, la sensiblerie. Je pense les avoir évités.

Égoïstement, la préparation et le tournage ont été les plus beaux jours de ma vie. 


L'autobiographie, par Stephen Dwoskin


 Je me souviens avoir beaucoup lu à propos de mon écrivain favori, Marina Tsvetaeva, dans l'intention d'écrire un projet de film sur elle. J'ai lu ses écrits ainsi que diverses biographies la concernant. Assurément, les biographies que j'ai lues me donnaient une histoire plutôt détaillée de sa vie — les faits importants de son existence, la chronologie de son œuvre, le nom de ses amants — une sorte de diagramme instructif de la naissance à la mort, bâti à partir des lieux et événements qui ont constitué son univers.

Évidemment, ces biographies n'ont jamais capté l'esprit de cette femme — ni le pouvoir de son souvenir. Cela, c'est dans ses propres écrits qu'on peut le trouver — pas seulement à propos des faits qu'elle évoquait, mais à travers ce que signifiaient les gens et les événements pour elle — du détail de l'uniforme de son père aux plaines cultivées de Russie. Elle a involontairement écrit sa propre autobiographie à travers ses poèmes, ses essais et ses lettres. Lorsque j'ai commencé à faire mon autobiographie Trying to Kiss the Moon, pour moi le concept était fixé, la notion d'autobiographie était claire.

Faire son autobiographie, c'est comme avoir un écho en tête. Le processus repose sur la création de sa propre histoire construite à partir de souvenirs personnels reliés entre eux comme une toile de rêves. Le choix et la sélection ne dépendant pas d'une logique chronologique ni ne nécessitent leur ajustement à l'Histoire. La plus petite chose peut, pour chacun de nous, devenir extrêmement importante et demeurer pourtant inconnue du reste du monde. La plus petite déviation peut influencer votre comportement, un rêve obsédant peut altérer le cours de notre propre histoire. Williams Carlos Williams dit au début de son autobiographie : « Les neuf dixièmes de nos vies sont parfaitement oubliés. Et de ce que nous nous rappelons, mieux vaudrait ne pas révéler la plus grande partie : cela n'intéresserait personne, ou du moins, ne contribuerait pas à la compréhension de ce que nous avons été. »Toutefois, le dixième restant — même si ce n'est que cela — est doux, secret, et devient notre trésor personnel, unique à nos yeux.

Ainsi se définit l'autobiographie. La vie de chacun présentée dans l'« histoire » d'une mémoire fragmentée. D'une mémoire recherchée, trouvée puis reconstituée. Reconstituée avec des morceaux du passé et des morceaux du présent. Il s'agit d'une mémoire qui a faibli et disparu, et s'est en suite rassemblée avec les embellissements imaginaires créés par le présent. Il s'agit aussi d'une mémoire mise sens dessus dessous, tourbillonnante : déformée à travers le temps et recomposée idéalement a posteriori. Les souvenirs sont des vérités commémorées, évincées de la réalité ; des vérités transplantées dans une nouvelle réalité, exacerbée. Ils sont façonnés, dans un sens, semblables à des rêves et synthétisés comme des mythes. Ils prennent seulement ce dont ils ont besoin, ce qu'ils veulent, ou ce qu'ils sont amenés à trouver, pour se reconstruire avec une évidence inédite. Ils forment une logique qui balaie la chronologie familière et la réalité, une logique réciproquement équivalente.

C'est avec ces pensées en tête que j'ai conçu mon autobiographie. En filmant bien sûr, et non en écrivant. Mes souvenirs se trouvaient réunis dans mes albums et dans de vieux films de famille ; de vieux morceaux d'œuvres inachevées, de lettres visuelles qui m'avaient été envoyées et des recréations métaphoriques, liés par les fils invisibles de relations personnelles. Le film est devenu un collage, peut-être, ou bien une peninture de ce trésor, suave, accompli, qui n'appartient qu'à moi seul. L'ancien se mêle au nouveau : ils n'ont pas plus d'importance l'un que l'autre. Toute chose et tout individu placés dans le film donnent une nouvelle forme et éveillent mes souvenirs comme un portrait réfléchi dans un miroir. Le film lui-même devient à son tour le reflet de ce moi recomposé — officiellement mon autobiographie — à partir de tout cela.

 

quinta-feira, 21 de setembro de 2023

Lino Brocka sobre Bona

Bona

Filipinas, 1980

Realização: Lino Brocka
Argumento: Cenen Ramones
Imagem: Conrado Balthazar
Música: Max Jocson
Montagem: Augusto Salvador
Intérpretes: Nora Aunor, Phillip Salvador, Rustica Carpio, Venchito Galvez, Nanding Josef, Spanky Manikan, Marissa Delgado, Raquel Montes
Duração: 100 minutos
Produção: NV Productions

O TEMA DO FILME

Bona, uma rapariga de 18 anos, falta à escola e evita todo o trabalho em casa para poder acompanhar as filmagens, Gardo, um actor de segundo plano. Um dia este é atacado por um grupo por ter feito amor com a irmã de um dos membros. Bona ajuda-o a voltar para casa nos bairros pobres e cuida dele até que recobra os sentidos! Volta depois para sua casa onde encontra o seu pai fora de si que lhe bate violentamente. Bona deixa rapidamente a sua família para ir viver com Gardo. Faz-lhe de comer, lava-lhe a roupa, limpa-lhe a casa e vai buscar-lhe água à única bomba disponível. Uma noite, num momento de fraqueza, Gardo faz amor com ela. Bona sente-se então mais feliz mas isso em nada muda a sua relação. Gardo continua a trazer para casa numerosas mulheres que irritam Bona, obrigando-a a esconder o seu amor por ele. Durante este tempo, o pai de  Bona tenta recuperá-la mas morre de uma crise cardíaca. No funeral, o seu irmão põe-na fora de casa. Ela volta para casa de Gardo sofrendo com a perda da sua família. Alguns meses mais tarde, Gardo projecta deixar o país para ir para os Estados Unidos com a sua amiga Katrina. Bona perde a paciência e queima-o no seu banho

A PALAVRA DO AUTOR

Como nasceu a ideia de realizar «Bona»?

Cenen Ramones tinha proposto um argumento para a série de televisão intitulada Mulheres (Babae). A versão original tinha então sido concebida para a actriz Laurice Guillen que foi a primeira a desempenhar o papel; papel de uma estudante liceal sem problemas que vive a sua primeira história de amor com um actor de segundo plano que ela não hesita em seguir. Era mais acentuada a paixão da rapariga do que o aspecto fanático da situação (...)

Como situar o fanatismo no quadro mais amplo das realidades filipinas?

Compara-o e liguei-o ao fanatismo religioso dos fiipinos. Não há uma grande diferença entre uma estrela de cinema e um santo. Quando o filme foi estreado em Manila, as pessoas lamentaram-se de que Nora Aunor (a actriz que representa a protagonista) pudesse amar um segundo plano como Gardo. Mas eu estava então muito menos interessado pela realidade da situação do que pela do fanatismo. Se ela tivesse podido amar um actor com fama semelhante à sua, ela teria sido rodeada por um tal número de admiradores que a sua fama pessoal acabaria por ser diminuída por isso.

Quais são as características dos admiradores do filme «Bona»?

Muitos deles são rejeitados pelas respectivas famílias. Se você tivesse um dia oportunidade de assistir a uma reunião de «fans» de Nora ouvi-los-ia falar do que abandonaram. Algumas deixaram o seu marido, outros o seu trabalho. Tem de se passar por um período de crise para se tornar um dos seus admiradores. Esta etapa é um ritual de reconhecimento, um símbolo para eles.

Certamente que Bona abandonou tudo, mas não queima ela Gardo no fim do filme?

Ela abandonou tudo mas destroi igualmente tudo aquilo em que toca. Quando uma pessoa considera um ser como o seu próprio Deus este apenas permanece como tal na medida em que se corresponde ao seu sonho. Se se afaste dele, o «fan» é então o primeiro a querer destruir o seu antigo ídolo. É o que eu quis sublinhar na cena em que Bona vê Gardo chorar e em que ela realiza que ele tem necessidade dela. Nesse instante se inicia também o imparável que levará à destruição completa das suas relações. Muita gente disse que eu tinha criado um personagem fraco. Penso o contrário; Bona era cheia de recursos; ela faz-lhe de comer, lava-lhe a roupa, limpa-lhe a casa enquanto ele corresponde à imagem que ela faz dele. Ela venera-o como se respeita o Rochedo de Gibraltar. No entanto é este que é fraco, prisioneiro da sua contínua necessidade de atenções 

(Documentação comunicada pela Produção do Filme)

LINO BROCKA

Nasceu a 3 de Abril de 1939 em San José, Nueva Ecija. Cinéfilo desde muito novo foi espectador assíduo de filmes filipinos. Uma crise espiritual na universidade leva-o a converter-se em mormon tendo cuidado dos leprosos de Malakai durante dois anos. De regresso à sua pátria, trabalhou intensamente para o teatro e situa-se com um realismo cada vez maior perante o complexo universo da produção cinematográfica. Quatro dos seus filmes, Tininbang, Insiang, Manila e Jaguar foram galardoados como os melhores filmes nos respectivos anos de produção.

Extraído do catálogo do "Festival Internacional de Cinema Figueira da Foz", 1982